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A coté de la défense du français et de la diversité culturelle, une ambition plus politique s’affirme au sein de l’OIF : la promotion de la démocratie et des droits humains, avec comme texte fondateur la Déclaration de Bamako, adoptée il y a dix ans, par les Etats membres. A quelques mois de la tenue, en octobre, du 13éme sommet de la Francophonie à Montreux (Suisse), 150 représentants de la société civile du monde entier se sont réunis durant trois jours cette semaine à Genève pour débattre de la mise en œuvre de cette déclaration. Hugo Sada en parle, dans un entretien, avec Carole Vann d’InfoSud.
Q: En quoi l’espace francophone peut jouer un rôle spécifique par rapport aux droits de l’Homme et à la démocratie, des valeurs qui sont universelles et qui se retrouvent d’ailleurs dans l’enceinte des Nations Unies?
R: Bien sûr, ces valeurs sont le patrimoine de toute l’humanité. Sauf que le projet de la Francophonie est inspiré par une vision d’humanisme et de démocratie qui a été porté dès ses débuts par des hommes comme Senghor. Il ne faut pas oublier que la Francophonie n’est pas, comme on le dit souvent, une invention de la France ou de son bras néo-colonial. La Francophonie a été voulue par des hommes du Sud et souvent contre l’avis de la France.
Dans la promotion de ces valeurs, la Francophonie a sa propre vision. Par exemple, même au plus fort du développement du néo-libéralisme, la Francophonie a toujours plaidé pour une régulation des marchés. Et ce, en insistant sur les effets pervers de cette conception de la mondialisation qui laisse de côté la démocratie et les droits de l’Homme. Sa vision n’est donc pas forcément la même que celle des autres grands acteurs de la scène internationale.
La Francophonie a une autre spécificité qui la différencie de l’ONU ou d’organisations régionales comme l’Union africaine (UA) ou l’Union européenne (UE). Elle fonctionne de manière transversale, sur les cinq continents, et se concentre sur des actions bien précises qui souvent ne sont pas menées par d’autres organisations internationales. Parmi celles-ci, l’accompagnement des processus électoraux, ou l’appui institutionnel pour la consolidation de l’Etat de droit ou l’appui à des institutions nationales des droits de l’Homme des pays membres. D’ailleurs, nous nous concertons avec les autres organisations.
Q: Pourquoi avoir eu besoin, il y a 10 ans, de rédiger la Déclaration de Bamako, un texte qui insiste sur l’universalité des droits de l’Homme alors que des instruments existent déjà, notamment au sein de l’ONU?
R: La Déclaration de Bamako conjugue l’ensemble de la problématique des droits et des libertés à l’aune de la démocratie. Cherchez dans la charte des Nations Unies le mot démocratie. Il n’y figure pas. D’ailleurs, sur cette question, la Déclaration de Bamako a inspiré par la suite l’Union européenne ou l’Union africaine.
Q: Sur quoi a débouché cette Déclaration de Bamako? Comment a-t-elle été mise en œuvre?
R: Depuis 10 ans, il y a eu un énorme travail accompli impossible à résumer en quelques mots. Et ce que ce soit dans le renforcement ces capacités institutionnelles de l’Etat de droit, des institutions juridiques et judiciaires, les institutions électorales, celles des médias, etc. La démocratie ne se décrète pas, elle se construit pas à pas. Mais ces actions sont bien sûr moins spectaculaires que le déploiement de Casques bleus. Dans le cadre des réformes du Conseil des droits de l’Homme à Genève, et de l’Examen périodique universel (EPU), nous avons aidé des Etats à s’y préparer et nous travaillons avec eux pour la mise en œuvre des recommandations.
Justement, au Conseil des droits de l’Homme, le groupe africain dont les pays sont largement représentés au sein de la Francophonie, tend à freiner les progrès dans ce domaine. C’est effectivement un vieux problème qui date l’époque de la Commission. On connaît la pesanteur de certains groupes régionaux. C’est là où notre transversalité constitue un atout. Et ce, pour dépasser les logiques régionales.
Q: De quels mécanismes de suivi ou de sanction disposez-vous face à un pays violateur? Les résultats sont-ils stimulants?
R: Plusieurs pays ont été suspendus au sein de la Francophonie, lors de coups d’Etat ou de changements anti-constitutionnels. Cela a été le cas pour le Togo, la Mauritanie, Madagascar et la Guinée. Mais nos sanctions ne sont pas à confondre avec celles du Conseil de sécurité de l’ONU, qui décrète des embargos lorsque la paix, la sécurité ou la stabilité internationale sont menacées. Mais jamais lorsqu’une démocratie est en jeu. Tandis que nos sanctions, d’ordre plus symbolique, marquent notre désapprobation avec des exigences fortes pour un retour à un ordre démocratique.
En effet, nous partons du principe que ces pays en rupture avec l’ordre constitutionnel ne vont pas bien. Or l’isolement ne favorise pas un retour à l’ordre démocratique. Ces sanctions servent de leviers pour inciter les pays à revenir à un ordre constitutionnel. Elles ont une utilité à condition d’inciter et d’accompagner ces pays dans leur retour à la démocratie.
Q: Quelle action a entreprise la Francophonie suite à l’assassinat, le 2 juin, du militant congolais Floribert Chebeya?
R: Nous avons réagi auprès de la RDC, nous avons demandé qu’une enquête soit mise sur pied. Floribert Chebeya était un de nos partenaires, il aurait dû être présent aujourd’hui à notre conférence. Sa mort a été un choc pour nous tous. Notre action n’est pas forcément visible, mais nous suivons l’affaire auprès des autorités, nous appuyons les ONG, nous observons comment la justice se saisit de l’affaire, nous suivons l’enquête et travaillons avec le Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme.
FIN/2010
*Carole Vann est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à
Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud
et IPS.
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Défense et illustration de la Francophonie politique

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